J’ai dans les pattes depuis une semaine un nouveau stagiaire, de deuxième année. Le garçon n’est pas méchant, ça, non, on ne peut pas dire, mais il n’est pas bien futé non plus. Je me demande comment il a fait pour arriver jusqu’ici sans encombre, pour passer à travers les tamis des épreuves de recrutement, des oraux, des stages précédents. Je lui ai demandé ses notes, pour savoir si les collègues, ailleurs, avaient un peu sabré, pour comprendre mais non, visiblement, il n’a pas eu de problème. Incompréhensible.
Le garçon arrive tous les jours en avance, tous les jours, dans une tenue propre et repassée. Il prend des notes pendant les transmissions, se souvient de qui devait descendre au bloc en premier (on avait changé à la dernière minute, tout le monde avait oublié…sauf lui) et puis il prépare mon chariot, à fond. Je démarre ma journée calmement, avec tout le matériel nécessaire, pour une fois. Dans les chambres, le garçon reste en retrait, discret, il sourit, m’aide sans que j’ai besoin de lui demander, tient les bras des gamins qui hurlent, en les rassurant.
Il note pour moi, sur les pancartes, les tensions que j’ai pris en oubliant de les retranscrire, me tend un stylo quatre couleurs alors que j’ai perdu le mien depuis deux semaines. Il se souvient du protocole, pour le pansement, qui aurait du être noté quelque part, par moi, sûrement, ou par un autre. Au café, il a apporté une poche entière de croissants, plus un petit pot de confiture maison. Il se lève à chaque fois pour répondre aux sonnettes, malgré nos vraies-fausses protestations. Le garçon mange sur le pouce, debout, avec moi, le midi, quand il a le temps et, alors que j’hésite sur une réponse devant le grand chef, me souffle le bon chiffre. Je réponds, le grand chef s’illumine et me remercie.
Alors que je suis censé finir à quatorze heures, je vois mon stagiaire ranger derrière moi ma poubelle qui débordait, nettoyer la paillasse et se pencher une dernière fois sur les cahiers, pour voir si rien n’a été oublié. J’apprends le lendemain qu’il est resté jusqu’à seize heures.
Mais il est pas bien, lui, d’être parfait comme ça ? Attends un peu la note de stage, tu vas voir, mon gars, je vais t’expliquer la vie, moi. Si tout le monde travaillait aussi consciencieusement, mais où irait-on ? Ah, un infirmier doué, souriant, discret, pointilleux, attentif, qui range et qui nettoie avant de partir, mais moi je dis “vinte sur vinte, ah bravo, vive la France”. Comment je vais te le faire rentrer dans le rang vite fait, bien fait, lui ! On n’a pas idée d’être parfait, non mais, faut penser un peu aux autres, des fois. Non mais je rêve, là !








Oui, j’aime vraiment quand tu nous racontes la vie d’un infirmier. J’adore ce site.
Je suis sûre que ton prochain livre sur ce métier fera un carton, comme d’hab !
Comment j’fais pour l’envoyer à mes keupines???????