Je me suis bien fait attraper l’autre matin, en voulant arracher une sonnette du mur, pour avoir la paix dix minutes, je vous le dis comme je l’ai fait, sans mentir, bref, je me suis fait bien attraper : l’arrachage de la sonnette a provoqué un appel d’urgence. Toutes les blouses disponibles sont arrivées au galop dans la chambre (au galop, on se comprend, dans les maisons de retraite il y a quand même rarement le feu au lac !) et m’ont regardé bizarrement.
Non seulement j’étais rouge de colère, furieux, essayant de me contenir devant une vieille toute aussi rouge, tout aussi furieuse, mais je tenais à la main l’objet du délit. Les yeux me fixaient, de tout côté. On voulait savoir ce que j’étais en train de faire, et je n’avais pas mille réponses. Je me suis assumé :
- OUI j’ai arraché la sonnette, sinon je vais finir par l’assommer avec le téléviseur. Je prendrais dix ans de taule mais j’aurai la paix, voilà, j’aurai la PAIX, elle n’arrête pas de sonner depuis deux heures, elle a sonné vingt fois, je suis celui qui est juste à côté, je n’arrive pas à découper plus d’une boite de médicaments qu’elle sonne encore, et encore, et encore. Je n’en peux plus, elle veut que je lui change les chaines de la télé, la télécommande ne marche plus ! Est-ce que j’y peux quelque chose, hein, moi ? Hein ? HEIN ?
Personne ne disait rien, en fait, tout le monde regardait ses chaussures, un peu compréhensif, sur le coup, seule la vieille gueulait derrière qu’elle voulait regarder Antenne 2 et pas la Une, et que puisque tout le monde était là, autant la changer, la chaine. Sermonnée par une des filles, la vieille ne veut rien savoir et insiste pour sa chaine. Je la montre du menton :
- AH ? Vous voyez ?
Alors que je m’apprête à sortir la vieille se tue elle-même toute seule :
- De toute façon vous êtes payés pour ça, je ne vois pas où est le problème. Je sonne, vous venez, le petit personnel n’a pas à discuter les ordres.
On a demandé à l’homme d’entretien de bidouiller sa sonnette pour plus qu’elle sonne, même branchée, en appuyant sur le bouton « présence extérieure ». Je sais, nous sommes des maltraitants. Je sais. Et ben je vais vous dire, ça me fait un bien fou de l’être, de temps en temps.








Je sors d’une journée de formation sur la gestion de l’agressivité; ça lui aurait bien plu au formateur ton anecdote!!
Et oui, les sonnettes ce n’est plus ce que c’était
Ceci dit, la prochaine fois, tu lui grille la télé c’est plus simple.
Cela me rappelle un petit vieux qui venait d’entrer pour une intervention et qui à demandé expressément à l’aide soignante de voir l’infirmier, sans lui dire pourquoi.
J’arrive dans la chambre, devant toute sa famille, il me regarde et fait un signe vers le gobelet à eau et me dit :
- Comment ça se fait qu’on me donne un gobelet ?
- Heu, ben c’est normal on donne toujours un gobelet avec la bouteille d’eau minérale
- Ah bon, parce que moi je voudrai un verre en verre !
- Ah pourquoi ?
- Je ne suis pas n’importe qui monsieur !
- Euh…
- Cet établissement n’est plus ce qu’il était, je me plaindrait…
Pfff… des fois, on se demande…
AH Ma petite récré de la soirée,j’ai trop rit on s’y voit.
Il faut pleins d’humanité pour exercer ce métier mais a t’on droit à l’erreur dans une situation sans être maltraitant notoire peut tu être accusé de maltraitance.
Merci pour ces petits moments de réfléxion
Bonjour Will,
Plaisir de relire ici ! Le chroniqueur mondain n’a pas perdu son regard de soignant.
J’arrive via ton blog et je demande (en vu de nombre de commentaires) où sont passés tes lecteurs friands de ce genre de billet. Je ne vois pas d’accès direct vers cette page sur soignant.com.
J’espère que ce la ne va pas te décourager de continuer à écrire.
T’as raison ! J’espère que je deviendrai jamais comme ça …
Elle a dû être une emmerdeuse méprisante toute sa vie, cette vieille bique :o)
il y a dans nos métiers des grands moments de solitude. Il faut vraiment prendre sur soi pour ne pas éclater. Moi, je suis toujours partie du principe que le respect doit être mutuel. Je respecte la personne que j’aide et en retour elle doit respecter mon travail . Surtout il faut leur dire qu’ils ne sont pas tout seul et que nous n’avons pas quatre mains ni quatre pieds . Bon courage!
Je l’aime bien moi aussi celle du “petit personnel payé pour ça”!!!!
Dernièrement, je décroche le téléphone avec ma voix d’hôtesse de l’air (j’adore ça). M Cantona me dit qu’il est bien content de m’avoir au téléphone parce que franchement pas moyen de joindre quelqu’un en infectieux (le service où réside cette dame) que soit disant les médecins sont en réunion…
Je répond poliment un équivalent de “et ben oui ma pauvre Lucette” ce n’est pas étonnant que nos collègues d’infectieux soient occupés.
“Puis-parler au médecin de dialyse?” me demande t’il. Je lui répond non, comme tous les mercredi matin, ils sont en réunion (staff) mais que peut être je pourrais le renseigner moi même…
Et là narquois il balance: “Alors si je comprend bien le mercredi c’est relâche”
GRRRRRRHHHH
Je répond: “Oui, si vous considérez comme “relâche” que les deux équipes médicales s’occupant de votre épouse (infectieux et dialyse NDRL) et se mettant en accord sur sa thérapeutique soit assis autour d’une table”… “Vous savez, comme nous les fonctionnaires ne loupons pas une occasion de nous asseoir, n’est ce pas?”
Silence au bout de la ligne puis excuses bredouillées… (plus pouces levés de mes collègues de la chambre d’en face)
Reprise de la voix d’hôtesse: “Bien, quel était l’objet de votre appel, puis-je vous renseigner?”
PS: Je vous le donne en mille, je pouvais le renseigner, bien sûr!!! Une question sur la diététique du dialysé, mon rôle propre!!!!