le 23-03-2009

Il existe une énorme division entre ma meilleure amie (qui est infirmière, aussi) et moi. Elle, elle fait partie du clan « Faut lui répondre à chaque fois » et moi, moi je fais partie du clan « mais laisse pisser, plus tu lui réponds, plus il s’énerve après toi ». On est pas du tout (mais pas du tout) d’accord sur la contre-attaque et personne ne peut réellement nous apporter un élément concret de réponse.

Je vous explique.
J’ai un collègue, Pierre, qui est un vrai connard. Un vicieux, un teigneux, une petite frappe faite infirmier. En gros, il n’a pas de vie à part le boulot et, en gros, dans le boulot, il passe sa vie à me faire remarquer mes erreurs. Mais attention, jamais en face, hein. Jamais ! Soit il les fait remarquer dans le cahier de transmissions (histoire que tout le monde les apprenne), soit il les énonce à voix haute devant une aide-soignante qui vient gentillement me les répéter le lendemain (à peine déformées, à peine !) ou mieux du mieux, le top du top, il les balance en réunion d’équipe, devant la surveillante et le médecin, avec une petite remarque en coin comme si tout cela n’était rien et que les erreurs ça arrive. Surtout à William. Et jamais à Pierre.

Au début, ça m’a rendu fou. D’angoisse. Je refaisais tout trois fois, je revérifiais, je partais plus tard en ayant mille fois recompté les machins mais, étrangement, plus je faisais ça et plus d’autres erreurs apparaissaient. Je me suis rendu compte que, loin de le calmer, mon attention redoublée…faisait redoubler ses remarques. J’ai alors écouté ce qu’il me disait :
-    Mais William, surtout n’hésite pas, quand je fais une erreur, signale-là moi !
-    Oui, Pierre.
Mais ça me gênait, allez savoir pourquoi, d’abord parce que je n’aime pas enfoncer les gens et ensuite parce tout le monde fait des erreurs. Enfin, et surtout, je perdais moins de temps à rectifier derrière lui qu’à annoter sur le cahier, du bout des lèvres « Désolé de te déranger, Pierre, pardon, mais il me semble que Vendredi tu as donné un ½ cardensiel toute la journée à Madame Varrig alors que le traitement a été stoppé la semaine dernière. C’est rectifié, signé Will ».

Incroyable mais vrai : mes remarques, quand j’osais les écrire, loin de lui donner une équitable répartition des erreurs dans le service, façon « un coup c’est toi, un coup c’est moi », chose que je déteste, semblaient redoubler son empressement à me cartonner. Une erreur de sa part relevée par moi et c’était dix de moi (forcément des petites, oubli de commander des stylos, par exemple, non arrachage de la page du calendrier ou non rangeage des documents, mais il y avait deux urgences à la suite, ce jour-là, ce que j’avais noté en rouge), dix erreurs de moi relevées. Avec hargne.

J’étais baisé.
Si je ne disais rien, il semblait ne jamais faire d’erreur.
Si je relevais ses erreurs, on rentrait en guerre et les coups redoublaient.

J’ai donc pris le parti de me taire, de travailler et de lire bêtement, sans réagir, ses remarques après un week-end. Je corrige ses (nombreuses ! Et pas des petites) erreurs en me disant que tout le monde en fait, je ne lui dis rien et ainsi va la vie. Il se répand auprès de tout le monde, tout le temps, me balançant des horreurs, par derrière, tout le temps.

Emilie n’est pas d’accord avec moi : elle me dit qu’il faut contre-attaquer et ne pas laisser passer un pouce de terrain, rien. Elle me dit qu’il faut le prendre à son propre jeu, en permanence, pour lui faire comprendre qu’il a quelqu’un en face. Elle, elle ne lâche jamais rien, jamais. Ca l’épuise, elle ne vit que pour contrecarrer les remarques de ses collègues. Et les patients, dans tout ça, alors ?

Je ne sais pas.
Je n’ai aucune envie de m’épuiser dans ces conneries.
Mais mon silence, parfois, m’épuise autant que mes réactions.
Le vrai problème, ce ne sont pas les erreurs, le vrai problème, c’est sa connerie et son vice par rapport à ça.
Et en disant ça, je ne suis plus dans le professionnel depuis bien longtemps.

Je ne sais pas.
Mais ça me bouffe.
« Putain mais achète toi une vie, ducon ! Lâche-moi !  Tu m’as entendu ? LACHE-MOI !»
C’est tout ce que je vois comme solution. Mais pour le moment, je le dis seul face au mur. Pas face à lui. Je n’oserai jamais.

6 commentaires

  1. L'infirmier du dimanche dit :

    Cela me fait penser que souvent les infirmiers dans un service c’est un peu un coq dans une basse cour (ouais…le misogyne).

    Du coup, deux coqs ça fait un coq de trop…
    C’est le premier qui dégage l’autre !

    Courage !

  2. Taramoti dit :

    il reste la solution radicale, le bourre-pif !! en tous cas, je suis d’accord avec Emilie, il ne faut jamais se laisser trainer dans la boue.

  3. cemoila dit :

    et le “Chef qui change d’avis tous les 5 mn en soutenant mordicus qu’ile a toujours eu le même point de vue et donné les mêmes directives, et qui prend des décisions sans tenir compte de l’impact que ça va avoir sur ce qui a été fait, est en cours et ce qui a été programmé”, tu le gères comment ?

    Vas y William ! laisse le pourrir son karma !

  4. patrick dit :

    Oui c’est chiant j’ai déjà eu à subir ce genre de connard.

    Et tout comme toi il n’y a pas de méthode miracle …

    Laisser pisser oui mais il peut continuer à t’emmerder. Puisque tu ne dis rien …

    Répondre comme tu dis peut l’énerver ?

    Bon la première chose c’est peut-être de prendre un café avec lui (plus facile à dire qu’à faire) Tu lui fais remarquer que ces observations devant le médecin de garde ou derrière ton dos et bien que tu n’apprécie pas et que ça nuit à l’ambiance du service …. ça coute un café, un coup à l’amour propre mais ça peut aussi aider dans le bon sens …

    Sinon je pense que le jour où tu lui fera la remarque du siècle et en public avec le commentaire qui va bien … Alors je crois qu’il sera suffisamment échaudé pour te laisser tranquille.

  5. La grande retardataire dit :

    + 1 pour Patrick

    Je pense aussi qu’il est sain d’affronter ses ennemis, mais sans jouer sur le même terrain de bassesse qu’eux.
    Sans avoir bu un café, sans même avoir exporté les problèmes hors des murs du service, j’ai eu des discutions, franches et droit dans les yeux avec de belles garces (moi c’était au féminin)…
    Il faut de l’aplomb, savoir rester droit dans ses bottes, et ce n’est pas évidant… Ma technique c’est de rester calme, être plus intelligente que les coups bas… Et de ne parler que de soi même, son propre ressenti (pas citer d’autres collègues également en conflit avec l’emmerdeuse de service)…
    (Dire “Je” et pas “On”)

    Il me semble que ces petites histoires fonctionnent beaucoup “par derrière” s’appuient sur la rumeur… Les mettre sur la table, en situation franche les tuent dans l’oeuf…

    Enfin… Ces petites méthodes doivent bien pouvoir s’exporter dans d’autres types d’emplois… Mais as tu toujours des collègues, à proprement parlé, maintenant????

  6. wrejault dit :

    Bien sûr que j’ai des collègues :)

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