le 12-02-2009

Vous allez me dire que je devrais avoir des préoccupations plus professionnelles en arrivant au travail ce matin mais la réalité est là et elle est cruelle : il n’y a plus un gramme de café dans le pot commun.

Même pas de quoi demi-remplir une petite cuillère de rien du tout.

Personne n’est au courant, bien sûr.

Les filles de nuit n’en boivent pas, elles ont des tisanes chinoises qui font circuler le sang qui stagne de trop, sous l’épais (et peu sexy) bas de contention rose chair.

Les filles de jour prennent leur roulement, ce qui signifie qu’aucun témoin oculaire du forfait n’est physiquement présent ce matin dans la salle de transmissions.

Les internes ne sont pas encore arrivés, mais on les connait comme si on les avait fait, ceux-là.

La surveillante a une machine Nespresso dans son bureau, fermée à clef : les dosettes, comptées à l’unité, sont réservées aux heureuses élues qui sont invitées dans le bureau, de temps en temps (qu’il est doux de fayoter) ainsi qu’au chef de service. Il se sert sans compter, il n’a pas acheté une seule capsule en trois ans : elles doivent tomber du ciel, directement dans la tasse, ou presque.

Les filles du ménage boivent le café entre elles, au sous-sol, en fumant la clope, à dix heures.

Non, décidément, en retournant le problème dans tous les sens, je ne vois qu’une seule solution : avouer.

Avouer que c’est bien moi le traître : je suis venu hier pour échanger des jours avec une fille de la contre-équipe, on a parlé des malades, de la ré-organisation de la pharmacie, des nouvelles blouses. J’ai hésité avant de me le faire, ce café, il restait à peine de quoi nous servir pour tous les deux, mais je me suis promis d’aller en racheter en sortant.

Et puis j’ai oublié.

Bon.

Je tomberais à bras raccourci sur les internes, tout à l’heure, ça me détendra : moi, sans mon café du matin, je suis d’une humeur exécrable.

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