Je me demandais l’autre matin combien de collègues de promo travaillaient encore en blouse blanche tous les matins, combien nous étions toujours en exercice, treize années après nos premiers pas. J’ai eu beau activement chercher sur la toile, je n’ai trouvé que peu de traces : les infirmiers sont une race discrète qui s’éteint en silence, mais qui se renouvelle, chaque année, à mon grand étonnement. Qui peut bien avoir envie d’aller soigner, de nos jours, après tout ce que l’on pu entendre sur la fin de l’hôpital ? Les articles de ces derniers jours (cf Libération, très sobres) m’ont fait froid dans le dos, il semblerait que la situation générale se soit encore aggravée depuis mon départ de la fonction publique. Et dire qu’à l’époque nous pensions avoir touché le fond !

Je me souviens fort bien de mon concours d’entrée : c’était le milieu des années 90. Les quotas dans les écoles d’infirmiers avaient été abaissés au plus bas car, nous disait-on, “il y a trop d’infirmiers sur le marché”. Ce devait être Elisabeth Teissier qui avait du rédiger le rapport, je présume. Nous nous étions retrouvés dans les immenses halls loués pour l’occasion de la Foire Exposition : plus de quatre milles personnes pour 45 places au final, je revois encore ces enfilades de chaises et de tables, de copies anonymes, je revois encore les appels, les contrôles d’identités et tous ces gens qui, comme moi, espéraient enfin trouver une voie un peu stable, une porte d’entrée plus fiable vers la vie professionnelle, une voie plus droite que celle de la faculté.

J’avais eu mon concours après un oral atroce où j’étais arrivé en retard et en nage. On ne voulait plus de moi, “après l’heure, c’est plus l’heure” : j’avais supplié, promis, juré, je m’étais jeté aux pieds de la secrétaire qui avait fini par céder. Quand je repense à l’énergie dépensée à l’époque pour rentrer dans cet IFSI, je réalise le chemin parcouru. La somme de vexations, d’humiliations, de renoncements, de nuits blanches, toutes ces fois où j’ai du me taire pour ne pas avoir à crier, où j’ai crié que je partais sur le champ, à force de trop me taire. Je revenais toujours. Quel beau métier nous faisons, mais quelle gestion minable : si nous ne sommes plus en service aujourd’hui, ce n’est pas la faute des patients, des médecins ou de la couleur des blouses. Les comptables ont poussé dehors les soignants : par chance, ceux-ci se réincarnent, à chaque nouvelle promotion, dotés d’une mémoire vierge. Le comptes sont remis à zéro et le grand calcul peut alors commencer : combien d’années vais-je tenir, oui, combien ?

(Heureusement pour eux, les petiots, ils n’en savent rien)

Un commentaire

  1. minipez dit :

    Raaah, mais je ne savais pas! MAintenant je sais, oui, je sais! Mais bon, le métier est tout de même envoûtant, alors pourquoi ne pas continuer un peu, quelques années.
    Mais c’est vrai que la durée de vie d’une IDE est très courte (7 ans). Et après, on fait quoi?
    J’ai 7 ans pour perfectionner mon coup de crayon.

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