le 27-02-2009

Dix ans plus tôt :

-    Mais jamais je ne porterai de bas de contention couleur chair, c’est trop moche et puis jamais je n’aurai jamais les jambes lourdes, de toute façon.
-    Comment elle fait pour avoir mal au dos à ce point, cette idiote ? Elle sait pas que les soulèves-malades c’est pas pour les chiens ?
-    Il me viendrait même pas à l’idée de donner un doliprane sans ordonnance.
-    On ne passe du sang qu’en présence du médecin, oui mais il est 23 heures et je le vois pas arriver, je crois que je vais commencer sans lui parce que je connais bien la procédure et il me signera les papiers en arrivant.
-    Il me l’a dit à l’oral, tu crois que je lui fais noter ? Hein ? Oh, non, lui il est sympa.
-    La pauvre, elle me fait pitié avec son catalogue de sabots ignobles.
-    Moi, je donne toujours à la cagnotte, pour qu’on fasse un super repas de service avec mes collègues.
-    J’adore mes collègues, on va toutes au cinéma ensemble, c’est plus sympa d’avoir des amies au boulot.
-    Si je couche une fois avec l’interne, personne ne le saura et personne n’en déduira rien.
-    La surveillante, c’est un peu une deuxième maman.
-    C’est pas un dimanche de plus qui va me changer la vie, allez, j’accepte.
-    Ok, je bosse le jour de Noel, et le jour de l’an, j’ai pas d’enfants, ça me fera des sous.
-    Ah, tu notes les heures supplémentaires ? Moi, je compte pas, je vois pas le temps passer en service.
-    Les patients, ça me fend toujours le cœur quand ils restent longtemps et qu’ils s’en vont, un jour.
-    9000 francs ?? Tout ça ?? J’adore faire les nuits, ça rapporte de trop !! Mais je vais faire quoi de tout cet argent ??
-    Je me demande comment elles font pour ne pas se réveiller en sursaut la nuit : elles doivent avoir moins de conscience professionnelle que moi.
-    Un soignant jeune diplômée moins bon qu’un soignant de dix ans ? Laisse moi rire. Mais laisse moi rire.
-    Les hommes infirmiers sont plus cools que les bonnes femmes
-    On s’y fait, finalement, aux nuits, moi je trouve.
-    Je vais manger sur le pouce, tu peux pas grossir quand tu fais attention.
-    Je ne pue pas des pieds, heureusement, je sais pas comment elles font, toutes.
-    Je vais le tenter, ce concours d’anesthésiste, je fais juste un an de boulot après le DE et je reprends les études.
-    Ca m’étonnerait bien que le prodafalgan évolue, c’est comme la Tour Eiffel, c’est des médicaments qui ne changent pas, c’est mal foutu, c’est poisseux, ça coule pas, mais c’est comme ça.
-    Je me demande bien ce que j’aurai pu faire d’autre.

Dix ans plus tard :

Oh, j’ose même pas vous le dire.
Mais c’est vrai que les hommes infirmiers sont plus cools que les bonnes femmes, dans la profession. Un peu trop cool, peut-être ?

le 26-02-2009

Ah, le nombre de fois où j’entends raconter en service une anecdote savoureuse, le nombre de fois où je vois toutes les collègues (moi inclus) suspendues aux lèvres de celle qui la raconte, avant de partir dans un grand éclat de rire, le nombre de fois où j’ai entendu dire “On devrait écrire un livre, avec tout ce qu’on a vu, les filles” et le nombre de fois où j’ai proposé à ces fameuses filles de me parler, sans plus rien entendre…
Tétanisées, elles étaient.
Tétanisées.
Je ne sais pas, ça doit être un métier, sûrement, que d’écrire des livres ou alors il faut un moteur, une bonne grosse colère, un “ras-le-bol ras de marée” qui engloutirait tout sur son passage et qui tiendrait en trois cent pages. Ca me fait enrager, vous ne pouvez pas savoir. Toute l’année, elles me disent :
Oh, tu ne connais pas la dernière ? Oh, si tu savais ce que le directeur nous a encore fait…Dis, je t’ai pas raconté…

Et moi, quand j’écris, six mois plus tard, je me souviens vaguement de l’anecdote, alors je l’appelle, la fille. Tant qu’on reste dans le blabla qui ne sert à rien, tout va bien : la météo, ses enfants,  les vacances, la Nouvelle Star.
Dès lors qu’on aborde l’anecdote, malheur, panique à bord, il n’y a plus personne. La fille sent que je l’écoute, elle veut bien faire, elle ne veut pas trahir le propos alors elle s’applique, elle revient en arrière, accumule les détails inutiles et finit, piteusement, à chaque fois, par me dire que tout cela n’a aucun intérêt. Un peu comme si le fait de poser les mots les rendaient ridicules, ou inutiles. Quel dommage.

C’est pour cette raison que si peu de soignants parlent, surtout dans nos rangs d’infirmiers : ce n’est pas une histoire de talent ou de savoir écrire, mais une question d’auto-dénigrement. “Oh, tout cela n’a pas grande importance, finalement”. Oui, c’est ça, la parole du prolo, de l’ouvrier, de la petite main en blouse blanche n’a aucune valeur : il vaut mieux laisser parler les patrons, les médecins, ceux qui savent et qui ont le tampon “important”. Ca m’agace, mais ça m’agace !

Une anecdote, pourtant, ça se raconte tellement facilement…

Un soir, un aide-soignant vient faire une nuit à la maison de retraite. Assommé de travail (on lui demande, en plus des changes, d’assurer le remplissage du lave-vaisselle, deux heures de repassage, le nettoyage de la cuisine et le passage de la cireuse dans les quatre étages : douze heures bien remplies), il apprend au petit matin que deux heures ne lui sont pas payées, dans la nuit, pour qu’il puisse dormir, alors qu’il est tout seul à répondre aux sonnettes.
Fou de colère, au petit matin, en partant, il écrit sur le cahier de transmissions, au marqueur rouge, en capitales :
MONSIEUR LE DIRECTEUR, SAVEZ VOUS QUE L’ESCLAVAGE A ÉTÉ ABOLI DEPUIS 1848 ? IL NE MANQUE PLUS QUE LE COTON A RAMASSER DANS VOTRE ETABLISSEMENT !”

Dix ans après, tout le monde en parle encore, en riant, il paraîtrait même que la page a été gardé soigneusement par une fille.

J’ai dans les pattes depuis une semaine un nouveau stagiaire, de deuxième année. Le garçon n’est pas méchant, ça, non, on ne peut pas dire, mais il n’est pas bien futé non plus. Je me demande comment il a fait pour arriver jusqu’ici sans encombre, pour passer à travers les tamis des épreuves de recrutement, des oraux, des stages précédents. Je lui ai demandé ses notes, pour savoir si les collègues, ailleurs, avaient un peu sabré, pour comprendre mais non, visiblement, il n’a pas eu de problème. Incompréhensible.

Le garçon arrive tous les jours en avance, tous les jours, dans une tenue propre et repassée. Il prend des notes pendant les transmissions, se souvient de qui devait descendre au bloc en premier (on avait changé à la dernière minute, tout le monde avait oublié…sauf lui) et puis il prépare mon chariot, à fond. Je démarre ma journée calmement, avec tout le matériel nécessaire, pour une fois. Dans les chambres, le garçon reste en retrait, discret, il sourit, m’aide sans que j’ai besoin de lui demander, tient les bras des gamins qui hurlent, en les rassurant.

Il note pour moi, sur les pancartes, les tensions que j’ai pris en oubliant de les retranscrire, me tend un stylo quatre couleurs alors que j’ai perdu le mien depuis deux semaines. Il se souvient du protocole, pour le pansement, qui aurait du être noté quelque part, par moi, sûrement, ou par un autre. Au café, il a apporté une poche entière de croissants, plus un petit pot de confiture maison. Il se lève à chaque fois pour répondre aux sonnettes, malgré nos vraies-fausses protestations. Le garçon mange sur le pouce, debout, avec moi, le midi, quand il a le temps et, alors que j’hésite sur une réponse devant le grand chef, me souffle le bon chiffre. Je réponds, le grand chef s’illumine et me remercie.

Alors que je suis censé finir à quatorze heures, je vois mon stagiaire ranger derrière moi ma poubelle qui débordait, nettoyer la paillasse et se pencher une dernière fois sur les cahiers, pour voir si rien n’a été oublié. J’apprends le lendemain qu’il est resté jusqu’à seize heures.

Mais il est pas bien, lui, d’être parfait comme ça ? Attends un peu la note de stage, tu vas voir, mon gars, je vais t’expliquer la vie, moi. Si tout le monde travaillait aussi consciencieusement, mais où irait-on ? Ah, un infirmier doué, souriant, discret, pointilleux, attentif, qui range et qui nettoie avant de partir, mais moi je dis “vinte sur vinte, ah bravo, vive la France”. Comment je vais te le faire rentrer dans le rang vite fait, bien fait, lui ! On n’a pas idée d’être parfait, non mais, faut penser un peu aux autres, des fois. Non mais je rêve, là !

Je dois être dans la seule profession au monde où il semble normal à mes employeurs de me faire commencer le surlendemain sans contrat de travail, en me précisant que les détails suivront. Comme l’intendance. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où je suis allé passer des entretiens d’embauche et, arrivé à la fin, quand je posais la question du salaire, je voyais la tête ahurie du recruteur en face de moi :

- Ah ? Euh, le salaire ? C’est à dire ?

- Combien vais-je toucher ?

- Ah, oh ben le salaire classique, je ne sais pas moi, le salaire classique correspondant à la grille.

- Je ne connais pas votre grille…

- Ecoutez, je ne peux vous dire combien vous allez gagner mais je peux vous promettre que vous ne serez pas déçu, voilà. Vous commencez lundi ?

- Oui, mais avant, j’aimerai avoir une estimation, quand même.

- C’est que ça m’embête, la dame qui gère les salaires est absente aujourd’hui, je n’ai personne sous la main qui puisse me répondre. C’est si important que ça ?

Notez bien que je suis dans le cadre d’un entretien d’embauche, face à un recruteur. Le monsieur a eu le temps de se préparer mentalement à la situation, le monsieur aurait pu, un instant, penser que la question salariale allait tomber sur le tapis, que j’allais vouloir des précisions sur le montant, les primes et tout le saint tintouin. Non, rien de ça, ma question, incongrue, le dérange fortement. Limite agacé, il reprend :

- Mais enfin, vous ne faites pas ce métier pour l’argent, tout de même, rassurez-moi, c’est un métier qu’on choisi par vocation !

- Ca dépend des gens. Je veux simplement savoir où je mets les pieds, il peut y avoir des différences de salaire de 300 euros entre deux boulots…

- Je vous promets que vous ne serez pas déçu !

Et je ne l’avais pas été. Qu’est-ce que j’avais ri de ma bêtise en voyant le bulletin de salaire : j’étais moins bien payé qu’à mon premier poste, dix ans plus tôt et lui, sans même vouloir m’arnaquer, s’était payé un bon infirmier diplômé et expérimenté à pas cher. A propos d’expérience, figurez-vous que je parlais il y a peu avec une dame d’une grande agence d’intérim. Elle me disait que son plus gros souci, avec les établissements, était la règle suivante : “nous ne voulons pas d’infirmier de plus de sept ans d’expérience, trop cher…Par contre, nous ne voulons pas de jeunes diplômés, trop inexpérimentés. Trouvez-nous du cinq ans de DE, ou plus, mais dites leur bien que nous ne reprenons pas l’ancienneté !”

Ben voyons.

A mon dernier poste, la directrice la reprenait, elle, l’ancienneté. Plus le fixe, plus les primes, j’atteignais presque les 2350 euros : j’hallucinais, je n’avais jamais touché ça. Premier bulletin de salaire, je regarde le montant : 2100 euros, ancienneté : zéro.

Je monte la voir, pour lui poser la question qui me brûle :

- Excusez-moi mais mon ancienneté n’a pas été reprise, comme on avait convenu…

- Oui, je sais.

- Pourquoi ?

- Et bien c’est comme ça.

J’en étais tellement scié, de son culot, que je n’avais rien osé dire. Et, après tout, de quoi je me plaignais ? Je touchais déjà 2100 euros et je trouvais ça royal.

Le voilà, notre problème : nous avons presque honte de monnayer notre savoir-faire, notre expérience, nos acquis. Alors nous nous taisons. Avant de disparaître ailleurs, épuisés. La chance qu’ils ont, en face, aux commandes, de disposer d’une armée servile, silencieuse, mal payée et…si efficace, si consciencieuse. Vraiment, je travaille dans une profession unique au monde, je le confirme !

Je me demandais l’autre matin combien de collègues de promo travaillaient encore en blouse blanche tous les matins, combien nous étions toujours en exercice, treize années après nos premiers pas. J’ai eu beau activement chercher sur la toile, je n’ai trouvé que peu de traces : les infirmiers sont une race discrète qui s’éteint en silence, mais qui se renouvelle, chaque année, à mon grand étonnement. Qui peut bien avoir envie d’aller soigner, de nos jours, après tout ce que l’on pu entendre sur la fin de l’hôpital ? Les articles de ces derniers jours (cf Libération, très sobres) m’ont fait froid dans le dos, il semblerait que la situation générale se soit encore aggravée depuis mon départ de la fonction publique. Et dire qu’à l’époque nous pensions avoir touché le fond !

Je me souviens fort bien de mon concours d’entrée : c’était le milieu des années 90. Les quotas dans les écoles d’infirmiers avaient été abaissés au plus bas car, nous disait-on, “il y a trop d’infirmiers sur le marché”. Ce devait être Elisabeth Teissier qui avait du rédiger le rapport, je présume. Nous nous étions retrouvés dans les immenses halls loués pour l’occasion de la Foire Exposition : plus de quatre milles personnes pour 45 places au final, je revois encore ces enfilades de chaises et de tables, de copies anonymes, je revois encore les appels, les contrôles d’identités et tous ces gens qui, comme moi, espéraient enfin trouver une voie un peu stable, une porte d’entrée plus fiable vers la vie professionnelle, une voie plus droite que celle de la faculté.

J’avais eu mon concours après un oral atroce où j’étais arrivé en retard et en nage. On ne voulait plus de moi, “après l’heure, c’est plus l’heure” : j’avais supplié, promis, juré, je m’étais jeté aux pieds de la secrétaire qui avait fini par céder. Quand je repense à l’énergie dépensée à l’époque pour rentrer dans cet IFSI, je réalise le chemin parcouru. La somme de vexations, d’humiliations, de renoncements, de nuits blanches, toutes ces fois où j’ai du me taire pour ne pas avoir à crier, où j’ai crié que je partais sur le champ, à force de trop me taire. Je revenais toujours. Quel beau métier nous faisons, mais quelle gestion minable : si nous ne sommes plus en service aujourd’hui, ce n’est pas la faute des patients, des médecins ou de la couleur des blouses. Les comptables ont poussé dehors les soignants : par chance, ceux-ci se réincarnent, à chaque nouvelle promotion, dotés d’une mémoire vierge. Le comptes sont remis à zéro et le grand calcul peut alors commencer : combien d’années vais-je tenir, oui, combien ?

(Heureusement pour eux, les petiots, ils n’en savent rien)

le 12-02-2009

Vous allez me dire que je devrais avoir des préoccupations plus professionnelles en arrivant au travail ce matin mais la réalité est là et elle est cruelle : il n’y a plus un gramme de café dans le pot commun.

Même pas de quoi demi-remplir une petite cuillère de rien du tout.

Personne n’est au courant, bien sûr.

Les filles de nuit n’en boivent pas, elles ont des tisanes chinoises qui font circuler le sang qui stagne de trop, sous l’épais (et peu sexy) bas de contention rose chair.

Les filles de jour prennent leur roulement, ce qui signifie qu’aucun témoin oculaire du forfait n’est physiquement présent ce matin dans la salle de transmissions.

Les internes ne sont pas encore arrivés, mais on les connait comme si on les avait fait, ceux-là.

La surveillante a une machine Nespresso dans son bureau, fermée à clef : les dosettes, comptées à l’unité, sont réservées aux heureuses élues qui sont invitées dans le bureau, de temps en temps (qu’il est doux de fayoter) ainsi qu’au chef de service. Il se sert sans compter, il n’a pas acheté une seule capsule en trois ans : elles doivent tomber du ciel, directement dans la tasse, ou presque.

Les filles du ménage boivent le café entre elles, au sous-sol, en fumant la clope, à dix heures.

Non, décidément, en retournant le problème dans tous les sens, je ne vois qu’une seule solution : avouer.

Avouer que c’est bien moi le traître : je suis venu hier pour échanger des jours avec une fille de la contre-équipe, on a parlé des malades, de la ré-organisation de la pharmacie, des nouvelles blouses. J’ai hésité avant de me le faire, ce café, il restait à peine de quoi nous servir pour tous les deux, mais je me suis promis d’aller en racheter en sortant.

Et puis j’ai oublié.

Bon.

Je tomberais à bras raccourci sur les internes, tout à l’heure, ça me détendra : moi, sans mon café du matin, je suis d’une humeur exécrable.

Il y a ce moment que je déteste toujours autant, vers quatre heures du matin, ce coup de massue qui me tombe dessus alors que tout allait bien avant, comme un camion rempli à ras-bord de sa cargaison qui tomberait du ciel, en plein sur mes épaules. Avant, j’étais heureux de mon échange, la fille de nuit était folle de vouloir passer en journée pour une semaine, quel poste agréable, vraiment, il faisait bon dans le service, je me sentais bien, de nuit, au calme, sans téléphone, sans surveillante, sans collègues presque, sans médecin ni agitation et je n’entendais que le bruit de mon ciseau découpant les emballages de médicaments.

De temps en temps un bip, au loin, provenant du local ascenseur ou du poste de soins. Mais un simple bip, un bip qui dit “tout va bien”. Seul au monde, misanthrope en blouse blanche. J’en viens à me demander pourquoi je n’accepte pas de faire des nuits plus souvent.

Et soudain le camion me tombe dessus : mes épaules se tassent, un énorme coup de fatigue m’envahit, je commence à frissonner, c’est étrange, moi qui me sentais si bien. Je tourne la tête : une vieille polaire est accrochée à la patère, derrière la porte, je l’enfile sans me poser de questions. Je nage dedans mais qu’importe : j’ai si froid, d’un coup, que je me mettrais dessus sans réfléchir trois gros pulls.

Alors que je voyais bien (et qu’il me reste au moins dix piluliers à finir, plus la pharmacie à ranger) maintenant mes yeux se brouillent : je dois relire chaque ligne de prescription trois fois, oubliant le nom du médicament aussi vite que je l’ai lu. A un moment, je fixe la posologie longuement et puis déconnecte : ma vision se dédouble, je suis ailleurs pendant quelques secondes. Je dors debout.

Mon dos me fait mal, mes jambes sont lourdes, les secondes deviennent des minutes et les minutes n’arrivent jamais à atteindre l’heure que je m’étais fixé pour la pause, avec la collègue. Je prends une chaise, tente de m’asseoir sur le dossier, comme si je pouvais préparer les médicaments à demi-debout mais non, je n’atteins pas le haut de l’armoire, même en tendant le bras. Voilà que j’ai faim, aussi, maintenant. On va dire qu’il doit rester quelque chose dans le frigo, on va le dire en priant un peu, je repense à mes débuts, dans les années 90, il y avait toujours quelque chose qui traînait, à toute heure du jour et de la nuit. Je ne me nourrissais que de compote, de petits pains et de bouts de fromages. Encore un coup d’oeil à ma montre. Même pas deux minutes depuis la dernière fois.

Ca y est.

Je me souviens.

Je déteste faire des nuits.