

Un certain nombre d’anciennes revendications et de modifications du champ de compétence des IDE sont sur le point d’être mises en application. Soignants.com revient sur ces projets et grands chantiers.
Réforme des études et intégration du cursus Licence Master Doctorat
Les futures promotions infirmières de septembre 2009 bénéficieront d’un programme de formation totalement différent. Plus de Mise en Situation Professionnelle, une alternance de stage cours et longs, un « portfolio » permettant de tracer la progression de l’étudiant, ou encouragement d’une « posture réflexive », les innovations ne manquent pas et suscitent chez les professionnels des réactions tranchées.
La reconnaissance du Diplôme d’Etat Infirmier à Bac + 3 a fait partie des revendications professionnelles infirmières depuis de nombreuses années. Annoncée par Roselyne Bachelot, elle fait aujourd’hui son apparition, mais sous forme d’un simple « grade », rendant particulièrement floues les modalités d’accès aux Master et Doctorats, ce qu’à dénoncé l’Ordre Infirmier le 11 mai en des termes particulièrement virulents.
Un certain nombre de groupes de travail, concernant notamment les masters, corollaires logiques de l’entrée dans un cursus universitaire, sont en passe de rendre leurs conclusions. D’ores et déjà, les infirmiers anesthésistes, avec 2 années supplémentaires de formation s’organisent pour la reconnaissance de leur spécialité au niveau Master 2. Les infirmiers de bloc ainsi que les puéricultrices se mobilisent également, avec une volonté d’exclusivité des tâches et de reconnaissance. Les trois spécialisations « historiques » se font donc entendre, avec la volonté de ne pas être les oubliées du cursus LMD.
D’autres domaines d’expertises vont-ils apparaître, quelle place pour la Validation des Acquis et de l’Expérience ? C’est un enjeu majeur, notamment pour le tout nouvel ordre infirmier.
Mise en place de l’ordre infirmier.
Créé par la loi du 21 décembre 2006, souhaité par un grand nombre de groupements professionnels depuis 2004, il a connu, à peine né, sa première crise de communication, avec une cotisation de 75 euros, provoquant colère et incompréhension, jusque dans les rangs de ses anciens promoteurs. Contrainte de réagir publiquement, sa présidente, Dominique Le Boeuf s’en est expliqué, en invoquant particulièrement la nécessité d’assurer « notre indépendance et notre crédibilité » et « gagner le privilège de nous gouverner nous-mêmes » S’il semble que la grogne se soit quelque peu apaisée, le paiement effectif de la cotisation risque de remobiliser les opposants.
Le chantier annoncé est vaste. « créer des règles déontologiques », « promouvoir la compétence des infirmiers », « s’assurer de la qualité individuelle et collective des soins »... Et bien entendu, peser sur les décisions et les modalités de délégation de compétences, vaste projet qui modifiera sans doute profondément la profession infirmière ces prochaines années.
Modification du champ de compétence des infirmiers
Depuis 2003 et le rapport «Coopération des professions de santé» du Professeur Yvon Berland, le concept de délégation de tâche se fait de plus en plus présent. Les expériences locales comme les consultations infirmières se multiplient et sont régulièrement médiatisées.
Deux évènements préjugent de l’imminence d’une évolution législative sur cet élargissement du champ de compétence des soignants : Michèle Bressand, ancienne directrice des soins de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, a rendu récemment un rapport - non encore rendu public - intitulé « Réflexion autour des partages de compétences entre professionnels de santé ». Fruit de l’audition d’un grand nombre de professionnels paramédicaux, il portera un grand nombre de propositions, comme des masters de « pratique avancée » ou des bases de réflexion aux délégations de tâches auparavant dévolues aux médecins.
En parallèle, l’article 17 du projet de loi dite « Hôpital, Patient, Santé et Territoire, laisse de façon extrêmement large le champ libre aux délégations de tâches entre médecins et autres soignants. Dans son titre premier, intitulé « COOPÉRATION ENTRE PROFESSIONNELS DE SANTÉ », on trouve ainsi le texte suivant : « les professionnels de santé peuvent s'engager dans une démarche de coopération ayant pour objet d'opérer entre eux des transferts d'activités ou d'actes de soins ou de réorganiser leurs modes d'intervention auprès du patient. »
Validées par les futures Agences Régionales de Santé (reprenant notamment les compétences des anciennes Agences Régionales de l’Hospitalisation), les procédures de délégation pourront être étendues à tout le territoire français sur décision de la Haute Autorité de Santé.
On peut donc imaginer un nombre considérable d’initiatives, comme le développement majeur des consultations infirmières, la gestion sur protocole des patients « légers » par les infirmiers anesthésistes ou la réalisation d’examens de routine comme des coloscopies de dépistage par des infirmiers, toutes ces expériences ayant déjà eu lieu à l’échelon local. Nul doute que les sociétés savantes et l’ordre national des médecins se positionneront rapidement, ce dernier ayant déjà émis un avis réservé et prudent.
Essentiellement motivées par un impératif de maîtrise des coûts, ces propositions d’élargissement des actes sont attendues par un grand nombre de soignants avec un mélange de curiosité et de scepticisme, devant le flou et les risques professionnels potentiels, pour une revalorisation salariale encore hypothétique.
Thomas DUVERNOY - Soignants.com